© © GEOFFROY MATHIEU/OPALE.PHOTO

Louis-Jean Calvet (5 juin 1942 – 20 octobre 2025)

Linguiste d’exception, atypique et accessible, Louis-Jean Calvet est mort à 83 ans le 29 octobre 2025, en Tunisie, où il est né le 5 juin 1942.

Son érudition l’autorisait à mener conférences, interventions et publications scientifiques comme des ouvrages. Il croisait ses passions et ses centres d’intérêt. Pour ses 80 ans, il publiait Tant mieux si la route est longue. Souvenirs de souvenirs, 1942-2022 (Lambert-Lucas, 2022), accumulation d’instantanés évoquant des rencontres, qu’il s’agisse de langue ou d’individus, de penseurs ou de politique.

Issu d’une famille de libraires, souvent dans la rue, il retenait surtout de la boutique familiale l’accès aux manuels de la méthode Assimil, lui permettant de brasser plusieurs langues en même temps.  Il avait très vite compris qu’il vivrait dans les mots. Il se disait linguiste de gouttière et non linguiste de salon. Il ne cessait de traquer les langues, plus dans les échanges oraux que dans les livres. La langue était pour lui une clé sociale qui ouvre ou ferme les portes de l’échange, livre indices et diagnostics pour établir le statut de l’interlocuteur. Il restait attaché à la diffusion claire du savoir de sa discipline – il livra à la collection « Que Sais-Je ? » des PUF six titres de référence entre 1980 et 1995 dont (Les Sigles, Les Langues véhiculaires).

Il était aussi connu pour son amour de la chanson qu’il illustra d’abord par une monographie consacrée au poète occitan libertaire Joan Pau Verdier (Seghers, 1976) et Faut-il brûler Sardou ? (Savelli, 1978), un essai à charge cosigné avec Jean-Claude Klein, Il disait à Georges Moustaki « J’aime la chanson, tout simplement ou tout bêtement » (article de Jacques Pêcheur sur le site « Le Français dans le monde »).

Distingué pour sa biographie de Roland Barthes (Flammarion, 1990), l’homme qui voulait s’effacer derrière ses écrits renoua avec l’exercice pour célébrer ses artistes préférés, Léo Ferré (Flammarion, 2003) et Georges Moustaki (L’Archipel, 2014). En 2013, il publia Chansons. La bande-son de notre histoire (L’Archipel, 2013), intégrant les créations francophones depuis le Moyen Âge. Il construit un discours critique en s’attachant, au texte, à la mélodie, à la voix, autant qu’aux options scéniques et orchestrales. Il y aborde plusieurs thématiques : la chanson politique et pamphlétaire qui prend son essor au XIXe siècle, la chanson enfantine et ses sens cachés; la censure et l’ingéniosité déployée par les chansonniers pour la contourner, l’arrivée du jazz en Europe dans les années 20, l’évolution des supports et l’influence des progrès techniques sur le format et la chanson elle-même, jusqu’au grand retour ces dernières années de la nouvelle chanson française.

En 1972, il publia avec Chantal Brunschwig et Jean-Claude Klein Cent ans de chanson française , un dictionnaire bien connu des amateurs de chanson. Il a connu plusieurs éditions au format poche (Points Seuil, 1982-85) mais était introuvable jusqu'à sa mise à jour (l'Archipel, 2006). L’ouvrage couvre tout ce qui concerne la chanson française des cent dernières années : les chanteurs, mais aussi les auteurs, les compositeurs, les lieux où l'on chante, les maisons de disques, les chansons… Il comprend près de 600 articles, dont 133 nouveaux (Dominique A., Arno, Bertignac, Biolay, Cali, Manu Chao, Vincent Delerm, Arthur H., IAM, Kent, etc.) et 228 modifiés ou entièrement revus. Dans sa préface, Philippe Meyer écrit « Cent ans de chanson française est mieux qu'un dictionnaire amoureux : un parcours vivant, éclairé, savant et personnel. »


Louis-Jean Calvet

5 juin 1942 – 20 octobre 2025